Cette page est la version texte de l'article extrait du « Télé Magazine » de 1977.
Trente représentations, c'est un peu court comme carrière pour une pièce. C'est même le minimum syndical ! C'est pourtant ce qu'aura duré en tout et pour tout "La rose et le chou-fleur", la pièce de Jacques Pierre, qu'interprétait au Théâtre La Bruyère Danièle Gilbert.
Jacques Pierre et Danièle Gilbert, c'est bien entendu le duo de "Midi-Première" et ceci est peut-être bien l'explication de cela...
« C'est nous qui avons décidé d'arrêter les représentations, et nous n'avons jamais joué, comme il a été dit et écrit, devant des salles vides. En fait nous avons toujours eu un public et un bon public. Seulement nous avons vu se monter contre nous une gigantesque cabale de la part des critiques. Une cabale si ouvertement entachée de malveillance qu'elle aurait fini par détourner le public. Aussi avons-nous préféré prendre les devants. »
En fait, selon Danièle Gilbert, le petit monde du parisianisme ne lui a pas pardonné d'être, grâce à son émission quotidienne "Midi Première", une des personnes de télévision préférées du grand public.
« À la limite, c'est honteux, dit-elle, - et presque insultant pour le public. Un peu comme si les critiques disaient au public qu'il est idiot d'aimer ce qu'il aime. Chacun pourtant devrait être libre d'apprécier comme il l'entend ce qui lui plaît, non ? »
Car le public, d'après Danièle Gilbert, était là. Le même public qui suit régulièrement ses émissions. « Il y avait même des enfants dans la salle, avouez que c'est rare dans un théâtre ! »
Quant à la pièce, malgré peut-être un titre pas très heureux, elle était signée et mise en scène par Jacques Pierre qui, avant de réaliser régulièrement "Midi-Première", avait déjà signé quatre mises en scène au théâtre et vingt-sept dramatiques dont une quinzaine adaptées par lui pour la télévision.
Reste alors le problème de savoir si la disparition prématurée de "La rose et le chou-fleur" de l'affiche du Théâtre La Bruyère peut compromettre la carrière de Danièle Gilbert et Jacques Pierre à la télévision. Deux reproches sont en effet avancés à leur encontre. Celui d'avoir trop ouvertement utilisé "Midi Première" pour promouvoir le lancement de leur pièce. Et celui d'avoir fait financer la pièce par TF1. Danièle Gilbert et Jacques Pierre ont une réponse toute simple à chacune des questions.
« Pour la promotion, nous avons parlé de la pièce comme nous le faisons des autres spectacles que nous présentons, sans plus. S'il est inconvenant de se servir de façon abusive de sa propre émission pour promouvoir un spectacle auquel on participe, il serait injuste que, sous prétexte d'apparaître à la télévision, l'on doive faire le black out sur ses autres activités.
J'ai droit après tout aux même échos que mes invités, sans plus, mais ni moins non plus. »
Les téléspectateurs devraient pouvoir en juger
D'ailleurs, il faut reconnaitre que le spectacle de Jacques Pierre a été beaucoup plus annoncé par d'autres présentateurs de TF1 que par Danièle Gilbert elle-même. Par Philippe Bouvard, Yves Mourousi, Michel Drucker par exemple... Esprit de chaîne, tout simplement !
« Quant au problème du financement, il est encore plus simple d'y répondre : l'aide financière de TF1 dont tout le monde parle n'est tout simplement qu'une avance sur droits de diffusion. C'est-à-dire que TF1 a jugé le projet de pièce suffisamment bon pour le retenir en vue d'une diffusion et nous a payé par avance les droits correspondants. C'est une pratique courante. »
Il paraît cependant que TF1 regretterait à présent cette avance et renoncerait en fait, à la suite de "l'échec" de la pièce au théâtre, à la diffuser à l'antenne.
« C'est un problème dont personne ne m'a entretenue officiellement - souligne Danièle Gilbert - et la direction de TF1 a bien des motifs de ne pas raisonner ainsi. Le fichier de "Au théâtre ce soir" par exemple suffirait à démontrer que bien des pièces condamnées par la critique, lors de leur présentation sur les planches, sont devenues des succès plusieurs fois rediffusés à la télévision.
Quant à l'attitude du public par rapport à moi, il existe un moyen bien simple de l'évaluer : le succès non démenti de "Midi-Première". Le petit monde parisien de la critique et du théâtre n'est pas la France. La France, je la connais, elle est en banlieue, en province, ailleurs que dans les salons, et je sais qu'elle m'aime encore. »
Aucune conséquence donc sur la carrière de Danièle Gilbert qui, d'ailleurs, toujours en compagnie de Jacques Pierre, sillonne déjà les régions de France pour d'autres "Midi-Première" en province : Monte-Carlo, Cannes, Nancy, Deauville...
L'équipe fera la tournée en direct des "villes à Festival" et des régions qu'elle n'a pas encore visitées.
« Une occasion pour le public de nous découvrir comme nous sommes vraiment, et non comme les critiques nous font ! »