Danièle Gilbert

Revue de presse

VSD, juillet 2004.

« La Ferme » était-elle une bonne expérience ?

Alors que Pascal Olmeta vient de triompher dans le jeu de TF1, deux "célébrités" dressent le bilan de cette villégiature rurale. Là où Danièle Gilbert, qui retrouve les honneurs du petit écran, exprime la béatitude d'un retour aux sources réussi, le chroniqueur mondain Emmanuel de Brantes dénonce un spectacle sadique et le risque de graves troubles psychologiques pour certains. Débat en introspection à l' "Ernest Bar" du Lutetia.

Danièle Gilbert.

J'ai vécu huit semaines à la Ferme, une expérience privilégiée, une vie d'efforts où l'on découvre le métier de paysan. Le bilan est extrêmement positif.

Emmanuel De Brantes.

Huit jours seulement et « La Ferme » m'a rendu chèvre. La base de ce jeu, c'est du sadomasochisme. On obéit à des ordres idiots, du style tondre un mouton avec un outil obsolète.

Danièle Gilbert.

Apprendre à s'occuper des abeilles ou tondre un mouton est une expérience utile.

Paul Wermus : Qu'est-ce qui vous semblait insupportable : l'ambiance, les gens ?

Emmanuel De Brantes.

Les caméras ont changé les attitudes. Tout ce beau monde manquait de naturel, jamais ils n'ont fait tomber le masque.

Danièle Gilbert.

Il ne s'agit pas de téléréalité mais de sitcom, ces personnages ont une vraie personnalité et jouent leur rôle.

Emmanuel De Brantes.

Certains auraient réellement besoin d'assistance psychologique. Ils vont continuer à jouer leur sitcom dehors et risquent une profonde dépression... C'est un huis clos sartrien. On nous dresse les uns contre les autres. C'est l'art d'être poignardé par son ami puisqu'il n'y a pas d'autre choix.

Danièle Gilbert.

C'est un huis clos regardé par sept millions de gens. Moi, j'adorais parler aux chèvres ou aux ânes qui me reconnaissaient.

Emmanuel De Brantes.

Vous étiez dopée.

Danièle Gilbert.

Je ne me dope qu'au travail et, depuis que je suis sortie du jeu, je continue à prendre des douches froides avec un immense plaisir.

Paul Wermus : Que pensez-vous des célébrités ?

Emmanuel De Brantes.

Ilario est un âne bâté, Élodie Gossuin une souillon qui écrasait ses clopes dans ma piaule, elle est sale et guère généreuse, Vincent McDoom un phénomène de société, Pascal Olmeta trop macho et Danièle, un alien.

Danièle Gilbert.

Ilario est suffisamment hypocrite pour faire croire qu'il est gentil. Vous n'allez pas reprocher à Élodie d'être jolie, Vincent est extravagant, Olmeta un Corse sympa qui joue au Corse. Quant à Emmanuel, c'est un arlequin bondissant.

Paul Wermus. Comment expliquez-vous le triomphe de « La Ferme » ?

Emmanuel De Brantes.

C'est un spectacle sadique, on vous demande de faire des efforts sans la moindre récompense, d'où les pétages de plombs.

Danièle Gilbert.

C'est tendance, c'est un fantasme de l'enfance. Les animaux, c'est la vraie vie ; dans l'inconscient collectif, c'est un retour aux sources.

Emmanuel De Brantes.

Ces gens qui aiment trop les animaux cachent une haine de l'humain.

Paul Wermus. C'était vraiment invivable ?

Emmanuel De Brantes.

L'odeur de merde omniprésente, la chaleur suffocante à cause des projecteurs, l'invasion des mouches. C'est conçu pour que les célébrités en bavent, y compris la nuit. Moi, je me suis réfugié dans la salle CSA, sans micro ni projo.

Danièle Gilbert.

Mon grand-père était berger, ça laisse des traces. Et je suis une bonne nature, tout ce qui m'arrive me rend heureuse.

Emmanuel De Brantes.

Après 22 heures, Danièle était dans un état d'allégresse incompréhensible, elle paraissait ivre alors qu'elle ne boit que de l'eau.

Danièle Gilbert.

J'ai une euphorie intérieure.

Paul Wermus. Avec les corvées, vous étiez à la peine ?

Emmanuel De Brantes.

Le chargement du purin est un calvaire, la traite des vaches est très pénible et j'avais les poules en horreur. Pas un qui en ressort normal. Les oies se faisaient baiser par les coqs, tout le monde copulait, sauf les célébrités.

Danièle Gilbert.

Le coq et son harem, c'est un charmant spectacle. Il n'y a rien de plus naturel que les bouses et le purin. Tasser le fumier, j'y ai pris grand plaisir.

Emmanuel De Brantes.

Ceux qui sont sortis prématurément, Mia Frye, Massimo Gargia, Céline, Sébastien ont plus pété les plombs à l'extérieur qu'à l'intérieur. J'ai snobé le dernier prime time, car je ne voulais pas me retrouver avec ces andouilles qui donnent d'elles un spectacle vulgaire et indigne.

Paul Wermus. Il est déjà question d'une « Ferme 2 ».

Danièle Gilbert.

Si on me le propose, j'y retournerai, car je me suis éclatée.

Emmanuel De Brantes.

À celui qui me proposera « Ferme 2 », je répondrai : « Ferme-la ! »

Paul Wermus. C'était royalement payé.

Danièle Gilbert.

Pendant huit semaines, j'ai refusé les animations qui me font habituellement vivre. Mon gain de jeux n'est pas imposable, et j'ai permis à une association de gagner 80.000 euros.

Emmanuel De Brantes.

Moi, j'ai gagné 15.000 euros imposables, à la sueur de mon front.

Interview de Paul Wermus publiée sur le site Internet du Magazine VSD (n° 1401, juillet 2004).


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