Cet article est la version texte de l'article « Midi Première, c'est fini ? » de septembre 1981.
Danie, c'est fini ? C'est la question que l'on se pose. Après treize ans de bons et souriants services, il est question que Danièle Gilbert disparaisse du petit écran, de quoi devenir superstitieuse !
C'est en effet le 11 septembre 1968 que la mince et blonde présentatrice avait fait ses débuts à l'émission, alors nommée « Midi chez nous ». Son impact fut de suite énorme. Sa gentillesse, son calme sous les piqûres de ses partenaires, son regard et son large sourire avaient conquis le cœur des téléspectatrices pour qui l'émission constituait le moment de détente de la mi-journée. Tout le monde aurait souhaité l'avoir pour fille ou petite fille. Et pourtant ce n'était qu'un début.
Il n'est un secret pour personne que Danièle Gilbert est née à Chamalières, comme l'ancien président de la République, et qu'en 1970 Monsieur Giscard d'Estaing avait accepté d'emblée de participer à un direct de son village natal et cela fit beaucoup de bruit. En fait, ce fut un scoop dont on parle encore. Le ministre des finances, brillant énarque et arbitre de l'économie européenne, jouait à l'accordéon en direct « Je cherche fortune... »
La même chose
Depuis elle a continué avec la même coiffure, à peine arrondie, le même sourire et, à peu de chose près, la même émission avec un indice
d'écoute très satisfaisant. Certains disaient « pourquoi appeler ça des variétés puisque c'est toujours la même chose ! » et on parlait de «
lieux communs » et de « superficialité morose ».
Danièle ne semblait pas en avoir cure, et sa popularité croissante lui donnait raison.
Il y eut en 1978 le faux pas sur les planches. L'échec évident de « La rose et le chou-fleur » de Jacques Pierre, réalisateur de « Midi-première », n'eut pas de répercussions malgré une presse peu indulgente. Puis en 1980, durant ses vacances estivales, Danièle fut remplacée par Patrick Sabatier nouveau venu lançant une émission à succès « Àvis de recherche ». L'émission a un tel retentissement que l'on parle du décrochage de « Midi-première »... Il n'en est rien.
La participation de Danièle au comité de soutien du président Giscard d'Estaing lors des récentes élections présidentielles avait agacé certains. Elle n'avait pourtant jamais caché que son « pays » était son candidat, et dès 1974 elle avait animé un gala organisé en son honneur.
Cette treizième rentrée semblait baigner dans l'huile. Jacques Boutet avait purement et simplement entériné les décisions de Jean-Luc Guillaud son prédécesseur dont les grilles comprenaient bien entendu le rendez-vous habituel de midi et demie. Cela avait surpris à plus d'un titre. Mais depuis, André Harris, directeur des programmes, trouverait un peu plate la prestation de Danièle ! Il est évident que l'émission est dévorée par sa routine et que l'amabilité de Danièle dont l'oil vif vérifie continuellement le déplacement des caméras est devenue bien artificielle et les variétés fastidieuses.
Il semble qu'elle en ait pris conscience car dès le 7 septembre, lors de la reprise de l'émission en direct de l'abbaye de Solesme (hé oui !)
Danièle Gilbert prenait un ton nouveau, confirmé la semaine suivante par l'interview de Georges Wilson venu parler de sa nouvelle pièce « Pa
».
Voici d'ailleurs ce qu'elle en disait il y a un mois :
« Jusqu'ici "Midi-première" était axé sur les variétés mais nous avons décidé d'élargir notre horizon. Je compte présenter les livres
nouveaux et leurs auteurs, parler de la vie théâtrale et des expositions.
Nous continuerons à nous déplacer, mais là aussi nous voulons voir plus grand ; nous retournerons en province, mais nous pousserons jusque
chez nos amis belges et suisses et j'ai bon espoir d'aller visiter nos cousins canadiens. En ce qui concerne les variétés, qu'il n'est pas
question d'abandonner, nous confronterons le chanteur invité à un de ses grands aînés que des films de montage évoqueront ainsi que son
époque ».
Alors ? Après « Midi chez nous », « Midi-télé », « Midi-magazine », celle qui fut la grande Duduche avant d'être Notre Dame de midi trente va-t-elle vraiment nous quitter ? Nous ne voulons pas encore y croire.