Cette page est la version texte de l'article extrait du Télé Poche, avril 1970.
À « MIDI MAGAZINE » LES ANIMATEURS PASSENT, ELLE DEMEURE...
DANIÈLE GILBERT : « JE NE SUIS PAS UNE MANGEUSE DE PRÉSENTATEURS »
La scène se passe au restaurant de la Maison de la Radio. Danièle Gilbert est attablée devant une salade au nom bizarre. À côté d'elle, une brave femme l'observe puis s'enhardit, enfin se lance.
- Vous êtes Danièle Gilbert ? Je suis très heureuse de vous rencontrer. Je vous regarde tous les midis. C'est très bien ce que vous faites. Mes félicitations.
Danièle n'a pas le temps de remercier, son interlocutrice enchaîne :
- Et comment va Jacques? (Martin). Vous avez des nouvelles de Georges ?, (de Caunes). Henri (Tisot) m'avait l'air un peu balourd ! Ah ! Robert (Manuel), quel métier !
Danièle sourit, opine. Elle n'est pas la vedette-grosse-tête-et-air-supérieur. C'est la fille de la famille. On l'accoste, on lui demande des nouvelles de la grande famille télévision, de tous ses confrères présentateurs, qui, depuis septembre 1968, se sont succédé à « Midi Magazine ». Car, depuis près de deux ans, beaucoup ont passé mais Danièle est restée. C'est un phénomène assez rare pour que nous soyons allés lui en demander les raisons.
- Je vous vois venir, dit-elle. Vous allez me demander de comparer les différents présentateurs de « Midi Magazine » depuis 1968. Vous allez être déçu. J'aurais pu donner une épithète gentille à chacun mais cela n'aurait rien prouvé. Non : je préfère vous dire - et c'est vrai - que chacun avait une qualité particulière qui le faisait apprécier. On a toujours tendance à voir le mauvais côté des choses ou des gens. Moi, c'est le contraire. Sans être dupe, je préfère retenir ce que chacun d'entre eux avait de singulier, de sympathique. C'est un état d'esprit chez moi. Et J'ai beaucoup appris en les voyant travailler.
- Après Georges Van Parys et Robert Manuel, c'est Claude Brasseur qui va devenir votre partenaire. N'avez-vous pas peur, après avoir travaillé avec Jacques Martin, Georges de Caunes, François Deguelt, Pierre Tchern, Henri Tisot, Georges Ulmer, de passer pour une « mangeuse de présentateurs ? »
- Oh non ! Je pourrais répondre par une boutade et dire que si je suis encore là c'est que je suis Auvergnate et que l'Auvergne c'est du solide... Mais il faut songer que les différents présentateurs de (« Midi Magazine ») doivent non seulement se renouveler sous peine de sclérose mais aussi mener parallèlement une carrière au théàtre, au music-hall.
- Quelles sont, à votre avis, les raisons de votre succès ?
- J'essaie de faire mon travail, de bien le faire. Je ne m'occupe pas de la vie privée des gens, des intrigues de couloir. Je fais mon boulot. À vrai dire, je n'ai pas tellement l'esprit travailleur mais, comme je fais un travail qui me plaît, je n'ai pas l'impression de travailler.
- Pourquoi aimez-vous, à la télévision. ce rôle de speakerine-présentatrice ?
- Je ne suis ni speakerine, ni une simple mademoiselle-façade. J'ai un travail personnel. J'interviewe les invités. Il faut avoir des rapports avec les vedettes, savoir ce qu'elles font actuellement. Quels sont leurs goûts, leurs qualités, imaginer des trucs...
- Cela correspond-il à un goût précis chez vous ?
- Oui, le goût d'avoir un public. Je ne crois pas être « cabot » mais j'aime avoir un public pour lui faire partager ce que je ressens. Quand je vois un beau film, j'ai envie de le raconter aux gens pour qu'ils l'aiment aussi. Si je ne faisais pas de télévision, je serais, sans doute, professeur d'allemand. (Danièle possède sa licence et maman est professeur de lettres). Un professeur aussi a un public. Cela procède du même ressort.
Mais Danièle n'est pas à la veille d'abandonner la télévision. On la retrouvera peut-être bientôt comme productrice (pour la deuxième fois) d'une émission de variétés. Avec « Midi Magazine » et Claude Brasseur, elle se rendra au festival de Cannes du 2 au 16 mai. Cependant, comme du 12 mai au 6 juin elle présentera, à Bobino, le spectacle de Fernand Raynaud (un pays), elle devra, cinq soirs de suite, faire l'aller-retour Nice-Paris en avion.
- Et je dois vous avouer, précise-t-elle, que moi et l'avion nous ne sommes pas de très bons copains. Ces présentations de spectacles ou de galas (comme celui des pompiers de Paris le 7 mars) sont des signes de popularité qui ne trompent pas.
- La popularité ? Oh ! il ne faut rien exagérer. Mais je ne peux pas m'en plaindre. Les gens sont toujours excessivement gentils avec moi. Comme cette dame, tout à l'heure. Ils me parlent télévision, me confient leurs problèmes quelquefois.
Mais il faut bien admettre cependant qu'il lui est de plus en plus difficile de dîner en tète-à-tête avec Jacques, son fiancé, sans que plusieurs personnes ne viennent lui faire signer des autographes.
- À propos, à quand le mariage ?
- Pour bientôt (Jacques confirme). Mais vous savez, nous l'avons tellement remis que nous ne sommes plus à quelques mois près.
Cette année « Midi Magazine » s'interrompt du 12 juillet au 7 septembre. Peut-être Danièle trouvera-t-elle le temps de fixer la date de « l'événement ».
Car il faut qu'elle s'y fasse. La grande fille simple, gaie, charmante de Clermont est devenue l'amie de tous. Aussi le mariage de la présentatrice de « Midi Magazine » sera, un peu, la fête de famille des téléspectateurs.